Le développement touristique de Kokoye beach, quelques pistes de réflexions

Economie –

« […] Des probabilités troublantes imposent au gouvernement le devoir de rompre avec la routine, de divorcer avec le repos, de ne pas compter seulement sur l’agriculture. Et c’est la grande mobilisation de toutes les ressources du pays en «beautés naturelles» en vue de l’effort à entreprendre pour tirer tout le parti possible «du trésor que sont pour l’imagination nos paysages si rares». C’est le grand espoir du tourisme, l’industrie qui fera lever des aubes nouvelles sur Haïti » (cité par Dautruche 2014, p3).

Dans cet extrait de l’allocution du président Dumarsais Estimé le 15 juillet 1948, il appelle les autorités étatiques à ne pas compter uniquement sur l’agriculture pour le développement du pays, mais celles-ci doivent mobiliser toutes les ressources possibles, notamment le tourisme comme étant une industrie qui valorise les attraits, génère des emplois directs, indirects et induits. Sur cette base, il revient donc à elles d’organiser le secteur, d’aménager les sites, d’implanter des infrastructures et d’inventorier les attraits et attractions dans les villes comme dans les campagnes.

De 1948 à 2018, le secteur est à la recherche d’une meilleure organisation et planification; peu d’inventaires sont réalisés, peu de sites sont aménagés, peu d’infrastructures touristiques sont implantées. Pourtant des populations locales vivent dans des situations difficiles autour des potentialités culturelles et naturelles fortement appréciées par les touristes internationaux et nationaux. C’est dans ce contexte d’appréciation d’autres attraits et de quête d’expérience touristique, le 4 août 2018, qu’un groupe de 7 jeunes (4 garçons et 3 femmes) partait à la découverte d’une perle oubliée à Petit-Goâve : Kokoye beach. Ainsi, cette communication entend contribuer à la mise en valeur de ce territoire. Pour y arriver, suite aux informations fournies par nos informateurs, nous présenterons d’abord la localisation de ce site, ensuite nous exposons quelques attraits et attractions et, enfin, nous proposons quelques pistes de débat.

Kokoye : histoire et localisation

La commune de Petit-Goâve, située à 68 km de Port-au-Prince, est connue pour son Dous makòs, élément gastronomique et identitaire qui transcende le temps. Elle compte 12 sections communales, dont Trou Chouchou. Ce dernier est la 3e section communale où se trouve la localité Kokoye. Selon notre restauratrice et informatrice, Madame Micheline, membre d’une organisation gestionnaire de ce site dénommé «Oganizasyon fanm pou avansman Kokoye (OFAK)», les premières arrivées de touristes, particulièrement internationaux sur l’île, auraient daté de 1980 par le truchement d’un Français nommé Olivier Coquelin. Après sa mort en 1989, le site aurait été abandonné jusqu’au séisme du 12 janvier 2010, période au cours de laquelle des missionnaires humanitaires découvrent ce paradis sur terre en recensant les rescapés de Petit-Goâve. En 2012, en raison de la demande d’une clientèle étrangère, notre restauratrice implante son restaurant pour répondre à cette demande. Durant les années qui suivirent, elle constate l’arrivée d’une clientèle haïtienne. Elle est en nette progression au jour le jour. Ce déferlement de groupuscules de touristes et d’excursionnistes locaux a fait naître une nouvelle organisation communautaire appelée «Oganizasyon peyizan twazyèm seksyon Twou Chouchou-Petit-Goâve (OPTSP)». Depuis les années 2016, c’est elle qui s’occupe de la gestion du site.

En ce qui concerne les voies de communication, il est accessible par la route nationale #2 en passant par Dehoulotte (rentrée hôtel Fort Royal) à partir d’un véhicule où il y a un débarcadère pour le trajet en bateau (15 minutes, 30 minutes ou 1h de traversée selon le moteur) et par 2e Plaine (zone Kafou Fondu) pour une randonnée pédestre d’environ 1 heure. Le prix du voyage dépend de votre mode de planification. Quant à l’entrée, l’OPTSP réclame des frais de 150 gourdes par personne qui, selon elle, permettraient non seulement d’aménager le site mais aussi d’aider certains membres de la population socialement. Après ce cheminement, enfilez votre gilet et pénétrons l’île de beauté !

Kokoye beach entre attraits, attractions et produits

En dépit de la présence de l’OPTSP qui veut aménager le site, ce cadre naturel reste sauvage. Il dispose d’une mer bleue turquoise, de magnifiques plages de sable blanc dont Bananier, Platon, Plome, Soula, Tapion et Nan sab, bordées de cocotiers géants et de montagnes verdoyantes. Alors que notre guide-capitaine montre les «objets d’intérêt» (Serge Gagnon 2007) sous un soleil plombé, de petites vagues de mer frappent sur votre corps, de petits poissons se donnent en spectacle, des regards se croisent sur des voiliers, des pirogues et des gestes d’hospitalité se reconnaissent ; un hochement de la tête, un sourire, un coucou, un balancement de la main, un bonsoir jovial de votre hôtesse une fois sur les rivages. Au-delà de cet émerveillement, l’eau de mer vous invite à vous tremper tout au long de la traversée.

À environ 20 mètres du rivage, sous des cocotiers géants, quelques tables s’alignent pour desservir le groupuscule clientèle qui arrive. Le menu est constitué de poissons, lambi, cabri, homard et de poulets. Quelle que soit votre commande, le plat se sert dans une assiette artisanale faite en bois sur laquelle est inscrit Kokoye beach. En dépit de l’absence de grandes infrastructures touristiques, la qualité du service est satisfaisante. Une satisfaction qui sera de mise jusqu’au bain de mer. Une partie de la mer est froide et l’eau est chaude. Mais qui peut juger cet espace ?

Si le groupe organisé se compose d’aventuriers et de non-aventuriers ou des indécis, deux cas peuvent se présenter au débarcadère : soit vous faites du RIES, c’est-à-dire rebrousser chemin après les premières impressions et sensations des vagues, soit vous partez sur les pas de PRAGO, c’est-à-dire partir à la découverte de ce joyau caché derrière une montagne et des cocotiers. Et partir à la découverte de cette île de beauté nécessite un comportement éthique et responsable, partagé entre les accueillants et les accueillis. N’est-ce pas cette vision de développement touristique durable que prônent Ayiteam et Makaya Tour pour cette destination en devenir ?

Promouvoir et communiquer durablement

Le développement touristique de Kokoye doit être la résultante d’une consultation entre les acteurs : associations et organisations communautaires, collectivités territoriales, État central, forfaitistes, distributeurs, visiteurs… cette consultation devrait axer le développement touristique de Kokoye sur des formes de tourisme durable (tourisme responsable, tourisme communautaire, tourisme participatif, agrotourisme…), envisager de créer deux sentiers écotouristiques : l’un, la route des palmes, entre les différents sites de Trou-Chouchou et l’autre, entre Trou-Chouchou et Vallue (12 sections communales) qui pratique cette forme de tourisme depuis des années. En outre, elle devrait créer un bureau d’informations et de recensement des visiteurs, encourager la formation des guides locaux, des restaurateurs, restauratrices, des maîtres-nageurs… En effet, cette organisation structurelle et structurante n’entend pas vendre la mer, le soleil, le sable, les enseignes mais elle promeut un terroir dans une planification intégrale et intégrée suivant sa capacité d’accueil et ses attractivités au-delà des récits, des prospectus, des brochures, du bouche à l’oreille. Voilà autant de pistes de discussion pour le développement de Kokoye. Qu’en est-il des autres territoires ?

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